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Un vendredi par mois
à Nantes

Le seul prix qu’ait obtenu Freud pour l’ensemble de son œuvre fut un prix littéraire, le prix Goethe. On pourrait y lire toute l’ambiguïté de la reconnaissance de la psychanalyse.
Dans son introduction à l’édition américaine des Mémoires du Président Schreber, Samuel Weber évoquait la question posée à Freud par la jeune Katharina, nièce de l’aubergiste dans les Alpes autrichiennes, où Freud était venu se délasser en altitude des Neurosen viennoises : « C’est vous le docteur ? » Non sans malice, Samuel Weber ajoutait que la psychanalyse n’a jamais pu répondre à cette question.
Et pourtant, si l’on reprend ce passage des Études sur l’hystérie, on se rend vite compte que la demoiselle en question ne cherchait pas du tout un médecin mais simplement de l’aide. Son angoisse résistait aux traitements et aux leçons des « bons docteurs ». Pourtant, la formulation de la demande emprunte les voies de ce signifiant. Et c’est en « docteur » que Freud la reçoit. Tout un programme ! Que Conrad Stein formulait ainsi : « Freud n’était vraisemblablement pas en mesure de saisir la véritable portée, immense, de son œuvre. Cet homme du XIXe siècle avait besoin du garde-fou de la pensée scientiste, faute de quoi nous aurions eu peut-être un nouveau poète, un nouveau poète fou, mais il n’y aurait pas de psychanalyse. »1
C’est autour de cette dissonance fondatrice entre une pensée clinique, qui est la psychanalyse, et l’horizon idéologique et institutionnel de la scientificité, gage de connaissance et de reconnaissance, que s’organise un ensemble de textes visant à aborder l’écriture de Freud. Du classique « Freud et la scène d’écriture » de Derrida (L’écriture et la différence, Seuil, 1967) en passant par Freud écrivain de Walter Muschg et Jacques Schotte (Hermann, 2012), les textes de Jacques Trilling, Patrick Mahony, François Roustang, Michel de Certeau, Guy Le Gaufey et Conrad Stein, c’est ce massif imposant que nous nous proposons de parcourir cette année. En nous rappelant cette parole de Aharon Appelfeld : « La création est toujours liée au mystérieux regard de l’enfant en soi, dont l’empreinte ne peut être transformée par aucune ruse littéraire. »

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[1] « Dans les linéaments de l’écriture de Freud », Le monde du rêve, le monde des enfants, Conrad Stein, Aubier, 2011.