Michel CRESTA
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« Mon père s’amusa un jour à abandonner à l’ainée de mes sœurs et à moi un livre avec des images en couleur (description d’un voyage en Perse). La chose n’est pas facile à justifier d’un point de vue pédagogique. J’avais alors cinq ans, ma sœur n’avait pas trois ans, et le souvenir de la joie infinie avec laquelle nous arrachions les feuilles de ce livre (feuille à feuille comme s’il s’était agi d’un artichaut) est à peu près le seul fait que je me rappelle de cette époque comme souvenir plastique. Plus tard, quand je fus étudiant, j’eus une passion pour les livres : je voulus en collectionner, en avoir beaucoup. Je devins un Bücherwurm (rat de bibliothèque, littéralement : ver de livres). Depuis que je médite sur ma vie, j’ai toujours rapporté cette première passion à cette impression d’enfance, ou plutôt j’ai reconnu que cette scène d’enfance était un souvenir-écran pour ma bibliophilie de plus tard. » Freud, L’Interprétation du rêve, « Rêve de la monographie botanique », 1900.
Récit qui n’oublie pas de mentionner que Martha lui rapporte souvent du marché une fleur d’artichaut, sa fleur préférée. Trente ans plus tard, Jakob Freud lui offrait cette fois la Bible familiale illustrée, dite Bible Phillipson, magnifiquement dédicacée de sa propre main. Les dix-huit volumes de l’édition allemande, contre vingt de la traduction française, démontrent cette fureur « bibliophagique » freudienne selon le mot de Jean-Pierre Lefebvre commentant le Bücherwurm. Tout récemment, les éditions Imago ont publié un inédit de Freud, un manuscrit de 1932 retrouvé à la Library of Congress de Washington : L’Homme Moïse, un roman historique (2021). Nous souhaitons pour commencer ce travail, eu égard à la passion juvénile de l’auteur pour les artichauts, feuilleter le « roman » de 1932 avec son livre ultime de 1939, L’Homme Moïse et le monothéisme (1939), confié à la clairvoyance de ses lecteurs à venir.

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