Victor Azoulay était un ami de longue date, non pas que nous étions proches ou que nous rencontrions souvent, mais il y avait entre nous une estime mutuelle plusieurs fois témoignées. Il était un homme sincère, généreux et très courtois, psychanalyste passionné, travaillant et lisant sans relâche. Cet engagement profond l’amena au cours des années à intervenir dans de très nombreux colloques avec vivacité et recherche d’une façon si diversement étoffée que nous-mêmes, collègues ou auditeurs, pouvions être souvent assez désorientés. Cela ne fût pas pour autant sans direction latente car depuis une quinzaine d’années, ses mêmes interrogations et interventions se sont aiguisées, ses textes se sont affinés. On pourra lire plusieurs de ses articles dans Les Lettres de la SPF ainsi que sur Cairn.
Ces dernières années, nous avons plusieurs fois échangé sur un projet d’écriture d’une fiction psychanalytique qui lui tenait à cœur mais qui est malheureusement resté en chemin. Ce projet allait de pair avec la rédaction de ses derniers articles traitant de la fin d’une analyse. Quand en 2022, nous rouvrirons cette thématique lors de journées, Victor sera avec nous.
Alain LEMOSOF

Victor Azoulay, décédé le 20 mars 2021 à la suite d’une opération chirurgicale bénigne, était un psychanalyste présent à la SPF dès sa fondation où son rôle fut essentiel.
Après des études secondaires à Casablanca, son pays de naissance, il entreprend des études de médecine en France. Ancien interne des hôpitaux de Paris, il commence une carrière de médecin généraliste avant de découvrir la psychanalyse, ce qui le conduit à une spécialisation en psychiatrie et à commencer une pratique de psychanalyste, notamment avec les enfants. Pendant plus de vingt ans, il dirige un CMPP de la région parisienne.
Formé à la SPP, il se rapproche des conceptions de Jacques Lacan, notamment en suivant les séminaires de Patrick Guyomard. Devenu membre du CFRP, il participe activement à la fondation de la SPF, où ses séminaires d’enseignement occupent une place importante.
Victor Azoulay lisait et relisait les textes fondamentaux pour en saisir les sens nouveaux, nous les faire entendre. Il était un enseignant et un passeur. Pour lui, les textes devaient être connus pour éclairer notre clinique psychanalytique. Il ne les considérait pas avec révérence comme des textes sacrés. En connaisseur de la Bible hébraïque et de ses commentaires talmudiques, il savait que le sens d’un texte garde sa part d’énigme, comme l’inconscient, et que son sens dépend de celui qui le lit et de celui à qui le lecteur l’adresse. Il les transmettait car, pour lui, enseigner et transmettre ne pouvaient aller l’un sans l’autre.
Victor Azoulay considérait l’œuvre freudienne comme notre fondation commune, sur laquelle nous pouvions construire toute superstructure. Toujours curieux, sans aucun esprit de chapelle, il pouvait débattre avec tous, et ne manquait aucune prise de parole dans les nombreux séminaires auxquels il participait, par intérêt, par amitié, pour apporter une touche personnelle. Il ne manquait jamais un colloque de la SPF et discutait avec bienveillance et une modestie non feinte les orateurs.
Sa parole va nous manquer, mais elle restera toujours vivante pour ceux qui l’ont connu et entendu.