Michel de M’Uzan, qui a marqué la pensée psychanalytique française depuis près de 70 ans, est décédé le 7 janvier 2018, laissant une œuvre importante et originale à laquelle la SPF a rendu hommage le 6 décembre 2015 en une journée intitulée « Michel de M’Uzan, un analyste au-delà des frontières » qu’il honora de sa présence.
Mettre tout en œuvre pour favoriser chez l’analysant l’éclosion de mutations psychiques et lui donner ainsi accès à une plus grande liberté dans ses engagements vitaux, tel serait le propos inlassable de l’œuvre psychanalytique de Michel de M’Uzan, l’un des derniers psychanalystes français « historiques » mais non le moins singulier, qui fut membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris de 1964 à 2008.
De nombreuses sources, très diverses, ont irrigué une vie consacrée à la clinique et à la théorie psychanalytique. Venu du champ médical, il participa à la fondation de l’Institut Psychosomatique de Paris (IPSO), où il contribua à élaborer la notion de « pensée opératoire » qui connut un grand retentissement. Son expérience d’écrivain, entreprise avant d’être psychanalyste, le conduisit à comparer l’acte analytique à un « saisissement créateur ». Il a ainsi élaboré une théorie originale de l’acte psychanalytique où l’inquiétante étrangeté est le creuset d’un art du vacillement identitaire propre tant au patient qu’au psychanalyste, favorisant la création d’une « chimère des inconscients » indispensable à l’ouverture de nouvelles perspectives thérapeutiques en psychanalyse, tels ces « états-limites » trop longtemps exclus selon lui du champ de l’action psychanalytique.
Ainsi Michel de M’Uzan, de façon réfléchie et tranquillement déterminée, a-t-il réinventé une métapsychologie tout à fait nouvelle qui ne récuse certains développements de Freud que pour mieux les servir en les prolongeant.
Marcianne Blévis