Christiane Strohl, psychanalyste dans la traversée du siècle

Longtemps psychanalyste à Strasbourg, puis à Montpellier, Christiane Strohl est décédée le 7 septembre 2020.
Née en janvier 1922, elle a grandit dans une famille pour qui le protestantisme était d’abord une liberté de croire et de penser.
Après des études de théologie, en partie à l’université évacuée à Clermont-Ferrand sous l’occupation allemande, elle a été parmi les premières femmes pasteurs avant de compléter sa formation par des études de psychologie, puis de partir en Angleterre où elle découvrira la psychanalyse. Elle y rencontrera, entre autres, le Dr Lambourne dont elle traduira le livre Le Christ et la Santé (Le Centurion/Labor et Fides, 1972).
Elle mettra un premier pas dans le cabinet d’une analyste à Paris dont elle dira : « C’est là que j’ai appris ce qu’il ne faut pas faire. » Elle s’en ouvrira à Lacan dont elle suivait le Séminaire dès ses débuts, puis elle complètera sa formation avec l’élève de Freud, le Dr Philippe Sarasin à Bâle.
Tout au long de sa pratique d’analyste elle ne manquera pas de rendre hommage à la courtoisie et à l’humanité de Philippe Sarasin et de souligner la rigueur de son travail avec Lacan et quelques autres…
Elle ne manquait pas non plus de témoigner de son intérêt pour la Clinique de La Borde et l’amitié pour son fondateur Jean Oury avec qui elle partageait des temps de rencontre réguliers. Elle a été en Alsace et au-delà un vrai ferment pour orienter les professionnels de la santé et de l’éducation vers la « psychothérapie institutionnelle ».
Enfin, membre d’un des premiers Cartels de psychanalystes à Strasbourg, encourageant les groupes locaux comme les Ateliers de Lecture, elle était membre fondateur et associé de la Société de Psychanalyse Freudienne.
Clinicienne avant tout, elle ne cherchait pas l’honneur des salles de conférence ou des publications. C’est en 2008 que, comme le laboureur, sentant sa mort prochaine, elle a accepté l’invitation d’un directeur de théâtre (Olivier Arnéra) pour développer, à travers une série d’entretiens, sa manière de penser la psychanalyse dans sa traversée du siècle.
Matière précieuse et originale en cours de relecture en vue d’une publication, ces entretiens témoignent, avec une simplicité toute freudienne, de l’extrême finesse de son sens clinique. On y retrouvera son caractère bien trempé et sans concession, son sens aigu de la liberté et le courage de l’engagement.
Depuis l’annonce de son décès, de nombreux messages se rejoignent sur cette belle expression : « C’est sa rencontre qui a fait de moi qui je deviens ». Et l’une de nous se souvient qu’elle disait : « Je me réjouis pour tout ce que j’apprendrai après ma mort. »
Pierre Isenmann