Disparition de Marie-Lise LACAS

Le Conseil d’administration et les membres de la Société de Psychanalyse Freudienne font part, avec une grande tristesse, du décès de leur collègue et amie, Marie-Lise Lacas, psychiatre, psychanalyste, membre associé de la SPF.

« Notre collègue et amie Marie-Lise Lacas nous a quittés le 15 décembre 2017. Nous gardons d’elle l’image d’une personne solide et fiable, femme de convictions et de combats.
Elle fit « avec enthousiasme », disait-elle, ses études de médecine à Alger où sa famille s’était installée. La « T’biba » (féminin de « toubib »), comme l’appelaient ses patientes arabes, mit « la main à la pâte », apprenant très vite et avec passion les soins aux malades. Elle disait avoir tout appris de la médecine à ce moment-là.
Dès la 2e année, elle est externe des hôpitaux et n’oubliera jamais l’allocution d’accueil du patron de son service : « Profitez de ce que vous avez encore le temps pour parler avec les malades et les écouter, eux et leur famille. Vous en apprendrez beaucoup et plus que dans vos livres. »
Ce fut une formation rigoureuse et exigeante, douloureuse aussi, parfois. Bien plus tard, elle dira qu’on ne pouvait pas être analyste sans être d’abord médecin. On comprend comment, ensuite, elle devint une élève passionnée de Gisela Pankow dont la notion d’image du corps renvoyait à ses propres interrogations sur les liens entre psychique et somatique et sur les processus de symbolisation.
Lorsqu’il fut clair pour elle qu’elle voulait devenir neuropsychiatre, le Pr Porot, ami de sa famille, fit en sorte de l’introduire auprès du Pr Kammerer à la clinique psychiatrique de l’hôpital de Strasbourg. Elle vécut là, racontait-elle, une période extraordinaire au contact de personnalités brillantes et originales.
D’abord formée à la Société Française de Psychanalyse (SFP) où elle suit, entre autres, les séminaires de Lacan, elle rejoint, après la scission de 1964, l’École Freudienne de Paris. Après la dissolution de celle-ci, en 1980, elle fit le choix du CFRP, fondé par Maud et Octave Mannoni et Patrick Guyomard. Elle et son mari, Pierre-Paul Lacas, furent ensuite très actifs lors de la crise qui conduisit à l’éclatement du CFRP et à la fondation de la Société de Psychanalyse Freudienne (SPF).
Durant vingt ans, elle fut, au sein de la SPF, une personnalité active et impliquée, tout en maintenant son investissement dans la diffusion de la pensée de Gisela Pankow au sein de l’Association internationale des amis de Gisela Pankow dont elle fut présidente.
En effet, sa rencontre avec Gisela Pankow fut déterminante : « Cette rencontre, disait-elle, a indiscutablement été le tournant le plus important de ma formation. Je pouvais enfin réintégrer une certaine unité de pensée et donner forme à mon expérience quotidienne du  métier. »
Elle fut l’auteur de Gisela Pankow, un humanisme au-delà de la psychose, aux Éditions Campagne Première, ainsi que de nombreux articles dans L’Évolution psychiatrique, Les Lettres de la SPF, Psychiatries, etc.
Elle codirigea également la publication des actes du colloque sur Gisela Pankow, Présence de Gisela Pankow, et se consacra avec Pierre-Paul Lacas à la traduction des œuvres de celle-ci.
Elle nous manquera. »
Laura Dethiville